CESE : l’Unaf a été auditionnée sur le projet d’avis « Satisfaire les besoins fondamentaux des enfants et garantir leurs droits, dans tous les temps et espaces de leur vie quotidienne »
Mardi 30 septembre 2025, Marie-Chantal Lardière, Administratrice de l’Unaf, Présidente du département Education – Jeunesse – Numérique et Guillemette Leneveu, Directrice générale de l’Unaf, ont été reçues en audition par la corapporteure Dominique Gallet de la Commission Education Cuture et Communication du CESE sur le projet d’avis « Satisfaire les besoins fondamentaux des enfants et garantir leurs droits, dans tous les temps et espaces de leur vie quotidienne » en lien avec la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant » . Claire Ménard, Attachée du groupe Familles, assistait également à l’audition.
Mardi 30 septembre 2025, Marie-Chantal Lardière, Administratrice de l’Unaf, Présidente du département
Education – Jeunesse – Numérique et Guillemette Leneveu, Directrice générale de l’Unaf, ont été reçues en audition par la corapporteure Dominique Gallet de la Commission Education Cuture et Communication du CESE sur le projet d’avis « Satisfaire les besoins fondamentaux des enfants et garantir leurs droits, dans tous les temps et espaces de leur vie quotidienne » en lien avec la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant » . Claire Ménard, Attachée du groupe Familles, assistait également à l’audition.
En préambule, l’Unaf a rappelé ses missions de donner avis aux pouvoirs publics et d’expertise des réalités de vie des familles au travers d’observatoires et d’études.
Sous l’angle des droits des enfants, l’Unaf a détaillé ensuite le droit de l’enfant à vivre en famille reconnu dans la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989 et au niveau européen dans la Charte des droits fondamentaux de l’UE et la CEDH.
En droit interne, les articles du code civil sur l’autorité parentale relativement à la personne de l’enfant ont été rappelés : « L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant. Elle appartient aux parents jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé, sa vie privée et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne. L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. Les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité. »
Partant de ces rappels, l’Unaf a mentionné deux convictions fortes dans le sujet sur les besoins et les temps de l’enfant :
- Le temps en famille est évidemment un temps très important pour les enfants en dehors des temps scolaires voire périscolaires. La quantité et la qualité de ce temps familial a un impact très fort sur la qualité des apprentissages, donc sur les inégalités entre enfants. Le temps scolaire ne fait pas tout !
- Réciproquement, le temps de l’enfant – notamment le temps scolaire- concerne bien sûr les familles : il ne peut être pensé sans les familles au sens large : les parents bien sûr, mais plus largement, grands-parents ou encore beaux-parents dans le cadre des familles recomposées… Les familles sont les premiers acteurs du bon rythme de leur enfant
Marie-Chantal Lardière et Guillemette Leneveu ont alterné les prises de parole pour préciser 4 enjeux du sujet en tant que représentant des familles.
- Premier enjeu : temps des enfants / temps des parents / travail
Quelques éléments de constat
Les parents doivent pourvoir disposer de temps à consacrer au temps passé en famille : c’est une demande des enfants et des jeunes qui regrettent le manque de temps consacré par leurs parents à la vie de famille. Ce manque de temps est largement lié au travail, donc à leur capacité de concilier et d’articuler vie professionnelle et vie familiale. Cette question du temps de l’enfant comme du temps passé en famille concerne donc les employeurs, les syndicats, la politique familiale.
La France est tombée en queue de liste des pays où les parents ont le sentiment de pouvoir bien concilier vie familiale et professionnelle. Les indicateurs de conciliation en France sont en chute libre dans les enquêtes Eurofound : on est passé du 1er rang au 18ème rang en Europe entre 2007 et 2016 sur le sentiment des parents à pouvoir concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle.
38% c’est la part de parents ayant rencontré au moins plusieurs fois par mois des difficultés de conciliation entre vie familiale et vie professionnelle en 2024. Cette proportion a doublé entre 2007 et 2024.
Les enfants souffrent du manque de temps qui leur est consacré par leurs parents et regrettent le manque d’échanges.
Les propositions de l’Unaf
La transposition dans le droit français d’une directive européenne de 2019 sur la conciliation vie familiale / professionnelle qui inclut un droit : le « right to request » qui permettrait aux salariés de demander un aménagement pour faire face à leurs obligations familiales.
Ce droit permet à tout salarié parent d’un enfant jeune, de demander à son employeur, et au nom de ses obligations familiales, soit un télétravail, ou un aménagement horaire, ou un passage à temps partiel. L’employeur doit alors répondre dans un délai raisonnable et s’il refuse, il doit motiver son refus. L’obligation de transposer cette directive date de l’été 2022.
Faire entrer effectivement la conciliation vie familiale-vie professionnelle dans le dialogue social, dans la négociation d’entreprise ou au niveau de la branche professionnelle.
- Deuxième enjeu : la question des écrans
Quelques éléments de constat
Les écrans prennent du temps, un temps parfois dénoncé pour ses conséquences sur la santé (sommeil, vue…) mais aussi sur l’éviction d’autres activités et aux dépens de la vie familiale.
C’est en tout cas la première préoccupation des parents dans notre baromètre annuel de la parentalité + de 50% des parents expriment des difficultés.
Nos propositions sous forme de question et esquisses de réponse
Comment faire en sorte que ce temps d’écrans soit du temps créatif, qualitatif voire familial ? et pas un temps perdu en lien avec le titre du rapport de la commission sur les écrans installée en 2024 par le Président de la république : « à la recherche du temps perdu » ? Le temps d’écran peut être un temps de divertissement, de communication et d’échanges et de sociabilisation, de construction de soi, d’appartenance à un groupe, de créativité.
Entre 6 et 17 ans, les enfants et adolescents y consacrent en moyenne entre 3 et 5h par jour hors temps scolaire Par ailleurs si on supprime l’accès aux réseaux sociaux jusqu’à 15 ans (pb pour le sommeil / la santé, le cyber-harcèlement), que fait-on des 3 à 5 h quotidiennes qui sont récupérées ? Que proposer pour réinvestir ce temps tant pour les enfants / les adolescents que pour les parents qui seront forcément perturbés ? Quelles propositions alternatives ?
Dans le réseau Unaf, Udaf, Uraf, l’accompagnement des jeunes et des parents s’étend à la question des écrans pour qu’elle soit discutée en famille, pour que les pratiques numériques trouvent leur place dans l’équilibre des temps de vie de l’enfant, pour que les parents montrent aussi l’exemple.
Des actions sont développées au sein du réseau et des alternatives existent : la lecture (LFL), le jeu, l’accompagnement des parents sur le numérique (label Parents parlons numérique trop mal connu)
- Troisième enjeu : les familles sont devenues plus diverses, hétérogènes dans leurs besoins et les problématiques qu’elles rencontrent
30 % des enfants soit 4 millions d’enfants mineurs ne vivent pas avec leurs deux parents en raison de leur séparation.
Il faut aussi penser aux plus de 500 000 enfants estimés comme « jeunes aidants » en France.
Ces réalités de vie des familles ont évidemment un impact spécifique sur les temps de l’enfant et du parent.
Pour faire face au choc économique que représente la séparation, les parents peuvent être obligés d’augmenter le temps passé au travail, au détriment du temps passé avec leur enfant. Certains parents plus à l’aise dans le temps passé à deux parents avec leur enfant peuvent être déstabilisés dans le temps passé seul avec leur enfant. La séparation diminuerait ainsi le temps que chacun des parents passe avec l’enfant.
Quelles solutions ? Des solutions sont à rechercher dans l’exercice de la coparentalité qui permet à l’enfant d’avoir du temps avec ses deux parents. Notamment pour se préoccuper de garder des liens avec les deux parents : trop d’enfants perdent tout lien avec leur père par exemple.
- Logement mis à disposition pour les pères en situation difficile.
- Pour l’école, faire en sorte que le lieu de résidence de l’enfant soit chez les deux parents pour avoir le même niveau d’information et donc ne pas marginaliser un parent.
- Soutien à la parentalité et médiation.
- Faciliter le repérage par différents acteurs du jeune aidant et mettre en place un accompagnement de celui-ci et des aménagements adaptés à la situation (au regard d’une situation de décrochage, favoriser une présence de l’enfant par demi-journée / être plus clément sur les devoirs).
- Quatrième enjeu : les temps scolaires.
La réflexion sur les temps scolaires doit prendre en compte, en plus d’autres contraintes déjà identifiées, les contraintes des parents. Toute réforme des temps ambitieuse est perturbatrice pour des organisations familiales souvent très tendues, calculées au cordeau en lien avec les employeurs, les grands-parents, l’ex-conjoint etc… donc il faut expliquer une réforme, montrer le lien avec la qualité de l’apprentissage de l’enfant, pour qu’elle parvienne à convaincre les parents et impliquer les acteurs qui peuvent leur faciliter la vie.
On en revient à l’enjeu initial sur la conciliation entre travail et vie familiale.
Les échanges se sont poursuivis ensuite autour des sujets suivants :
- Faut-il prévoir un âge de majorité numérique ?
- Quelle place occupe les dispositifs pour les adolescents dans la COG Etat-CNAF en lien avec le soutien à la parentalité ?
- Comment l’Unaf travaille pour dépasser les inégalités analysées en amont qu’il s’agisse des inégalités sociales ou des inégalités territoriales.
En réponse l’Unaf a mis l’accent sur le label Parents parlons numérique, sur la gestion en tant que 1er opérateur des MJAGBF (mesure judiciaire d’aide à la gestion du budget familial), sur les ateliers PEP’S (parcours pour les enfants de parents séparés).
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